Viens dans mon Bondy strip!

Anne DhoqhoisDans son livre « Bondy, zone humaine sensible », Anne Dhoquois nous fait visiter une ville et connaître ses habitants. On entre sans effraction chez les gens, on s’arrête chez le pâtissier…

Quelle ironie pour une rédactrice du Bondy Blog de ne pas connaître la ville qui l’accueille ! Il y a un mois à peine, j’ai rencontré Anne Dhoquois dont le livre « Bondy, zone humaine sensible » vient de paraître aux éditions Autrement. Une occasion en or pour moi de découvrir la ville et ses facettes de mon canapé. Des photos hautes en couleurs, de jolis pavillons entourés de verdure, des voisins curieux qui se penchent au balcon, des enfants jouant dans un parc. Je m’engage dans ces premières pages, dans ces petits segments de rue.

Des effluves floraux viennent me taquiner les narines. Les plus belles roses sont mises en évidence chez le fleuriste du coin. A quelques pas de là, une charmante bijouterie. Une affaire de famille depuis bientôt 50 ans. Dans l’arrière boutique il y a un atelier avec d’étranges outils et des produits pour faire briller les métaux. Les commerçants s’expriment avec gouaille sur leurs parcours et les problèmes que rencontre Bondy dans son évolution.

Chez le Pâtissier Donnette de la rue Salengro, un cube en chocolat signé « 93 Olivier Donnette » en graff. Salyf, le bédéiste auteur de cette signature, a vraiment eu le coup d’œil. Et celui-là est joli, et plus appréciable que sur du béton ! Des cris d’enfants se font entendre sur l’esplanade Claude-Fuzier devant l’Hôtel de Ville. Une petite fille, rollers aux pieds, enfourche la trottinette d’un plus petit.

Il y a encore quelques tronçons de routes pavés et des maisons de pierre offrant un petit côté « village ». Les câbles des poteaux électriques semblent bien bas. On n’a pas l’habitude de voir ça à Paris. Les antennes peuplent les toits des maisons. Certaines ont un design plus recherché, sont ornées de mosaïques, avec un côté un peu kitsch.

Le soleil est au rendez vous, la nature aussi au square du centre ville. Des arbres généreux aux multiples senteurs, de jolies fleurs roses – encore des roses –, les oiseaux batifolent dans les plus hautes branches. Des bruits de tambour résonnent au loin. Des musiciens aux habits bariolés sont descendus dans les rues, bien décidés à faire monter la température à l’occasion du Carnaval.

Et puis il y a tous les commerces. La ville semble en être riche. Un marchand de journaux du nord de la ville propose également ses services de photocopies et de fax. Une affiche publicitaire de Femme Actuelle vante le dernier numéro du magazine, intitulé « Black Beauty ». Un Africain est en train d’allumer sa cigarette juste à côté, devant le bar-PMU. A Bondy, il y a le Bondy Blog, mais j’ignorais totalement l’existence de la prépa Sciences-po, les cafés philo, la maîtrise de Radio France ou de ce chœur d’enfants professionnels qui chante du Poulenc ou du Ravel.

Aïcha, 22 ans, est ingénieur au ministère de la défense. Elle habite la tour Y. Une tour immense et plutôt vilaine. Je m’étais habituée à toute cette verdure. Je rentre chez elle, avec un petit sentiment de voyeurisme. C’est toujours amusant d’entrer en textes et en images chez les gens, voir quelle marque de déodorant ou de masque capillaire ils utilisent.

Jour de marché. Les gens se connaissent et se saluent à coups de « ça va ma poule ? », « ça va ma chérie ? ». Les commerçants sont avenants derrière leurs présentoirs colorés. De gros citrons bien jaunes, de belles merguez à 15€ les trois kilos et des quantités d’épices impressionnantes aux couleurs vives dont je ne connais que la moitié. Beaucoup de stands de vêtements aussi. Des sacs, des accessoires pour les cheveux, de jolies robes à petit coût. Une ambiance populaire. Certains se prennent le bec, d’autres sont juste contents de se retrouver.

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Caverne d’Ali Baba et Tapis Volants

Une journée a suffit à rassembler plus de 10 000 visiteurs de tous les horizons, venus chercher le soleil au Salon du Mariage Oriental. La pluie et le froid ne nous ont pas suivi. La place est à la fête et à la bonne humeur au rythme des percussions de l’Orient.

une jeune femme porte une robe "Mayssa Créations"

Des jeunes femmes revêtent des robes traditionnelles aux couleurs vives, leurs visages mis en valeur par les artistes du salon. Elles seront bientôt prêtes pour le défilé.

Pour l’instant, des danseuses font monter la température à l’étage dans des robes fourreau noires et or, recouvertes de paillettes. Les gens se bousculent, les agents de sécurité font barrage en bas de l’escalier. Les écrans disposés un peu partout consolent les retardataires qui profitent malgré tout du spectacle.

 

Qui n’a jamais rêvé de vivre un Conte de Fée? Un mariage en calèche immaculée tiré par quatre chevaux blanc sentant le jasmin? (pour maintenir le romantisme) Pour 2000 euros les quatre heures, votre rêve pourrait bien devenir réalité. A moins que vous préférez être conduite à l’hôtel dans une Rolls Royce. La «Ghost» (photo) est louée 500 euros de l’heure. Mais pas question de la conduire. Peut-être que votre oncle Tom heureux gagnant du Loto il y a cinq ans acceptera de vous offrir ce court sentiment de toute puissance. Mais en réalité, c’est le chauffeur dans son smoking impeccable qui vous chouchoutera. Des personnes de toutes catégories sociale sollicite cette société.Moez, chauffeur et commercial pour Best Services rencontre beaucoup de clients du 93. «Le mariage, c’est quelque chose d’unique. Les gens veulent toujours faire mieux que leur entourage, ils font appel à nous sans arrêt.» raconte-t’il.

Meoz et la Rolls « Ghost »

Les robes ont de quoi faire rêver. Caftans marocains traditionnels, kessouas tunisiennes, robes berbères aux coupes contemporaines ornées de sequins et de broderies kabyles, robes en soie sauvage… Certaines créatrices optent pour des touchent occidentales dans leurs créations, visant les générations plus jeunes.  Pour les orientales, la robe blanche semble avoir beaucoup de succès.

Une mère et sa fille s’arrêtent devant une robe digne des films de Walt Disney. Un blanc éclatant, des broderies fines, des perles à perte de vue, les deux femmes sont émerveillées. Selon elles, la robe blanche symbolise la pureté et l’innocence, l’apogée de la féminité. Cette jeune tunisienne aux grands yeux pétillants et aux sourcils parfaitement dessinés va bientôt se marier. Les préparatifs sont un moment privilégié de complicité avec sa mère. D’ailleurs, pas de fiancé en vue. «C’est un moment entre femmes, personne ne doit me le prendre» sourit sa maman.

Une future mariée et sa maman

Les DJ’s sont aux platines, une foule de visiteurs dansent, acclament. Certains portent des costumes traditionnels, d’autres ont gardé leur doudoune en vinyle malgré la chaleur dégagée par les corps déchainés. En se faufilant on espère atteindre l’exposition de robes Bollywood, les stands de maquillages libanais, de tatouages éphémères ou de coiffures d’occasion.

 

Des produits naturels aux senteurs dorées et chaudes. Gommage à l’argan, épilation à l’ambre et au miel, massage au miel, ghassoul, trois heures sont nécessaires pour préparer le corps de la future mariée. En revanche, quelques secondes suffisent à titiller les papilles des visiteurs. Des couleurs sucrées, des odeurs alléchantes sur plusieurs mètres. Les incontournables spécialités algéroises incitent nos estomacs au crime: Mchewek, Baklawa, Makroute, Mkhabez, Cornes de Gazelle, ou petite création menthe et pâte d’amande. Le tout est aussi succulent qu’esthétique.

 

Petites Douceurs de l'Algérie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soudain, une explosion d’euphorie à l’entrée. Les mannequins sont enfin prêtes pour présenter les collections des créatrices, Malena Vita ou Mayssa Création. Leur travail d’orfèvre semble peser sur les corps des modèles. Certaines se déplacent avec difficulté. Les agents de sécurité, les cheveux gominés, étriqués dans leurs costumes vert militaire interviennent. Le regard mitraillette et les maxillaires crispés ne suffisent pas à dissuader la centaine de personnes qui tente de forcer le passage. Et pour cause. Miss Beauté du Maghreb 2010 défile en ce moment. Pourtant, cette agitation ne semble pas perturber Babylone, une gentille dromadaire de 20 ans qui a quitté sa verte Normandie pour saluer les parisiens. Seule au milieu de la foule, immobile et en totale liberté, elle se laisse photographier, caresser, avec beaucoup de patience. Les milliers de flashes l’ont sûrement déjà plongée dans le ciel étoilé des Mille et Une Nuits.

 

Babylone Star du Salon

 

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Le Vélo en Banlieue, quelques freins et préjugés

La bruine taquine les brushing en cette fraîche matinée du jeudi 4 novembre.Dans l’immensité des commerces de l’avenue Paul Vaillant Couturier, un magasin de vélos. Son nom: Velo Espace 93. Le propriétaire, Jean-Jacques, 52 ans, ancien compétiteur, des yeux pétillants et un maintient d’athlète me reçoit avec gentillesse à l’ouverture du magasin.

Dans l’entrée, «l’autopsie» du «pneu increvable», petite révolution pour le plus grand bonheur des coureurs. Derniers modèles Lapierre, Scott, Deschumaker ou encore Easybike, nous sommes loin de la célèbre Draisienne. L’an dernier le Technik 200, du haut de gamme dans la famille des VTT a rencontré un véritable succès auprès des clients.

Véritable passionné, Jean-Jacques est fidèle au poste depuis 22 ans. Un petit commerce qui tourne bien malgré une légère accalmie ces dernières années. Mais l’autre partie de son activité, la réparation, se porte bien.

Un petit bijou d’innovation pourrait bien développer cette activité. Le VAE (Vélo à Assistance Electrique)  permet de moins forcer sur le pédalier. Idéal pour les personnes qui se rendent au travail et ne souhaitent pas «être toutes rouges» de transpiration, sourit Jean-Jacques. Une opportunité aussi pour les personnes un peu âgées qui désireuses de poursuivre une activité physique. «Le VAE est le seul modèle que je propose en location, afin d’initier les citadins.» explique le propriétaire du magasin.

Vélo Espace 93 est ouvert à tous, néanmoins peu fréquenté par les jeunes résidant dans les  Cités, à l’exception de ceux qui ont un objectif sportif. Ils préfèrent généralement les scooters, plus «valorisants» à leurs yeux, selon Jean-Jacques. Une question de prix? Oui et non. «Une personne peut mettre plus cher dans un scooter ou dans une voiture à 3000 euros.  Tout est une question de rapport à l’objet».

Mais un bon vélo a un coût. Les grandes surfaces proposent un VTT pour 100 euros. Jean-Jacques soutient qu’en matière de solidité, de fiabilité c’est insuffisant pour une utilisation quotidienne.                                                                                                           «En Hollande un vélo coûte 450 euros minimum. Les étudiants n’utilisent que ça. La qualité est indispensable car il est sollicité par tous les temps. La plupart du temps, ils le louent ou l’achètent d’occasion à une autre famille. Il serait impensable d’investir dans un vélo à 100 euro!»

Pour certaines personnes, posséder un vélo n’est pas très bien vu. Trop beauf, trop féminin, trop écolo? Quoiqu’il en soit l’Iphone, les deux roues motorisés, les casques MomoDesign restent synonyme de réussite et peut-être de séduction dans certains milieux.

Le vélo reste portant un moyen de transport fiable et pratique. «Il faut savoir qu’avec les transports en commun, on est pas forcément bien desservis, surtout d’une banlieue à une autre. Le vélo offre une certaine liberté, sans contrainte d’horaires de bus ou de métro. Les communes font beaucoup d’efforts pour développer les pistes cyclables, mais il y reste quand même des efforts à faire.» Une des causes de l’obésité, qui touche de plus en plus les familles est le manque d’activité. Et pourtant, «même avec un vélo électrique, une utilisation régulière permet de perdre 20% de poids» assure t’il.

Mais le vélo connaîtrait toutefois une renaissance. «C’est une activité que l’on redécouvre depuis dix ans seulement» souligne t’il.

De plus, la ville dispose d’un atout de charme: le Parc de la Courneuve et son Canal qui offrent de bonnes raisons de s’y mettre!

Mais pas question pour Jean-Jacques de négliger certaines notions de sécurité. Car la sécurité, il en fait sa règle n°1. «Le port du casque est VITAL, nous en proposons systématiquement aux clients, même à moindre coût, le principal étant qu’ils évitent des chutes mortelles» précise-t’il. Il est important pour lui que les futurs cyclistes reçoivent des notions afin d’appréhender les dangers de la ville.

Selon lui, la mise en place de parkings sécurisés comme à Lyon ou Strasbourg permettrait considérablement le développement du vélo. «Juste un parking adapté avec une caméra de surveillance.» Selon lui, les gros anti-vols utilisé sont trop contraignants et le Vélib’ coûte cher aux collectivités qui sont confrontés au vol ou à la dégradation.

Thomas*, 44 ans, policier, a fait du vélo de manière intensive pendant 32 ans, avec plus de 1000 compétitions à son actif. Selon lui, la pratique du vélo outre-périph’ se développe mais pas suffisamment. Les pistes cyclables mises en place ne sont pas forcément entretenues, parfois détériorées par les travaux de voirie ce qui oblige les cyclistes à emprunter les routes qui peuvent parfois s’avérer dangereuses.

Il constate que les jeunes de cité n’utilisent pas ou peu le vélo. «On les voit parfois sur des BMX, mais leurs déplacements s’effectuent le plus souvent en scooter, plus viril à leurs yeux, bon pour draguer les filles et nécessitant moins d’effort» estime-t’il. Pour eux, le vélo a quelque chose de désuet. «Pourquoi avoir un vélo quand on peut avoir un véhicule motorisé?»

Le vélo est entré dans la vie de Kahina depuis cinq mois. «Je croise de plus en plus d’adeptes en banlieue, le plus souvent des adultes qui se rendent au travail ou des jeunes qui se partagent un vélo pour cinq-six» dit-elle. Les bords du Canal de l’Ourcq qu’elle fréquente accueille quelques cyclistes du dimanche, de la banlieue et d’ailleurs. Elle constate que le port du casque est rare.

Selon Kahina, plus qu’un loisir, le vélo est devenu un moyen de locomotion pratique. Elle a beau entendre des railleries «alors la p’tite vieille, ça va la promenade?», elle se faufile partout et évite le piège des embouteillages. «Il y a une espèce de p’tite solidarité entre les cyclistes. Quand on se rencontre à un feu rouge on se fait un petit signe même si l’on ne se connaît pas car on sait qu’on est dans la même galère».

Aude Duval

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Du soleil à la sortie du métro

Sorties de bureau, sorties d’écoles alors que les travailleurs de nuit prennent le chemin du boulot… Empressements, regards absents… Pourtant, un air de fête résonne aux sorties de métro, une ambiance musicale du Bassakha dans cet immense chaudron parisien, de la couleur sous la grisaille parisienne.

«Maïs chaud maïs chaud»!  Attirée par l’odeur chaude du makka, je vais à la rencontre de mes compagnons de trottoir.

Le temps se radoucit, la chaleur des grilles fumantes et des sacs parviennent jusqu’à moi, m’offrent un sentiment de réconfort après une journée éprouvante. Je m’approche d’un grand monsieur coiffé un chapeau africain, à la barbe fournie, habillé d’un ensemble en bogolan noir et jaune. L’homme est affable, souriant, comme pour s’assurer si je ne manque de rien…

Depuis sept ans Kamara se tient là, tous les jours, dès 11 heures, sortie cinq du métro Belleville.

Ce Soninké de 54 ans atteignant près des deux mètres prend sa camionnette chaque matin afin de se rendre dans les champs aux alentours de Paris. C’est là qu’il se procure son maïs. Il attend «l’arrivée du camion». Chaque pied de maïs lui coûte dix centimes. Il revend chaque épi cinquante centimes.

Actuellement en recherche de travail, il trouve une «sécurité» dans cette activité qui, en vendant cent cinquante épis par jour, peut lui rapporter jusque 525 euros par mois. Son «collègue de travail», lui, vit uniquement du maïs…. Mais pour lui, cela reste un sujet sensible.  Selon Kamara «c’est un boulot pour soi même, ce n’est pas un boulot pour la vie».

Son grand sourire dévoile de grandes dents blanches impeccables mais ses traits tirés trahissent une usure certaine. Il m’explique que sa femme l’accompagne quelques fois, «parfois deux heures, parfois toute la journée, c’est ça le commerce!» Aujourd’hui elle est simplement restée à la maison pour cuire tout le maïs.

Ses quatre enfants préparent aussi le maïs avant d’aller à l’école. Bons élèves me dévoile t’il.  L’un d’eux aimerait devenir médecin…

Il travaille sept jours sur sept, le sac rempli de soleils tout chaud qui n’attendent que d’être accueillis par les passants. Il me dit que des gens de tous les horizons viennent acheter son maïs. Des Blancs, des Noirs, des Asiatiques, des cadres, des enfants ou encore des grands-mères accompagnées de leur petite fille. Tout le monde se réuni autour des vendeurs comme les habitants se réunissent autour de la cuisinière du village.

Un vieil homme s’avance, désignant le sac de Kamara du bout des yeux. Ce dernier en sort un bel épi doré encore fumant. Il l’enroule délicatement dans une feuille d’essuie-tout, de ses grandes mains sèches aux ongles parfaitement limés. Il lui propose du sel. Ce ne sera pas nécessaire. Le vieil homme le paie et, sans lui adresser un regard, s’éclipse. De son côté, Kamara le salue avec un grand sourire avant de me parler de sa vie passée en Afrique.  Pendant un court instant, Paris, son bruit, sa pollution et son stress avaient disparu, laissant place à la surprenante chaleur du Mali.

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Des acteurs pas comme les autres

Cinq courts-métrages réalisés par le collectif de professionnels du cinéma Tribudom, ont été projetés début octobre au Forum des images, à Paris. Débriefing au café avec des élèves-acteurs.

Amitié, désespoir, amour trahi, loi du silence… Petit florilège des thèmes traités dans cinq courts-métrages dont les acteurs et scénaristes sont des anciens collégiens de Villepinte (93). La grande salle du Forum des images, aux Halles, à Paris, est pleine ce samedi 9 octobre. Des élèves de cette ville de Seine-Saint-Denis, des membres de leurs familles, des mamans, des amis : ils vont voir des réalités parfois dures à dire, à vivre, et ici traduites en fictions.

Au micro, un peu ému, Claude Mourieras, fondateur de Tribudom, un collectif regroupant des professionnels du cinéma, invite l’assistance à patienter : on attend un bus encore sur le périph’. Depuis 2002, Tribudom « fait tourner » les quartiers populaires du nord-est parisien et de la banlieue. En juin dernier, le collectif présentait six courts métrages dans un cinéma du 19ème arrondissement. Les acteurs étaient des élèves de primaire.

Le 9 octobre, après les projections, j’emmène un groupe de collégiens de Villepinte boire un verre à la terrasse d’un café, à Châtelet. Pour un débriefing. « Ali l’Equilibriste », titre d’un des cinq « courts », est un habile fil-de-fériste au regard nostalgique. Il décide de retourner au Mali, le pays dont il est originaire, pour y finir ses jours. Bien jeune pour un « retour ». Ali a appris qu’il était atteint d’une maladie incurable. Sabrina, petite amie d’Ali dans le film, explique avoir voulu, dans ce scénario, exorciser le souvenir pénible de sa tante qui, gravement malade, s’était « éloignée ». Quant à Ali, le personnage de la fiction, « il ne trouvait pas de solution, la seule à ses yeux était de s’isoler, de partir loin, et il a oublié qu’il pouvait compter sur sa famille et ses amis », raconte Sabrina.

Les courts-métrages, réalisés par des professionnels, visent également, selon les collégiens, à nuancer le jugement porté sur la banlieue. Sans pour autant faire dans la guimauve. Et on en est loin. Dans « Fille seule », Melissa interprète Anaïs, une jeune femme qui se retrouve à élever seule ses frères et sœurs. Pour les nourrir, elle vole l’argent de la collecte destiné au voyage de la classe du collège. Désespérée, elle se défenestre sous le regard suppliant de son camarade de classe.

Dans « Le bruit du silence», un adolescent meurt dans un accident de moto, au cours d’un défi lancé avec des amis. Le policier qui mène l’enquête n’obtient rien de la bouche des élèves, sinon des insolences et des sarcasmes. Le silence sur les faits est terrible. Maryam explique que « les jeunes (dans le film) se sentent menacés. Il faut savoir que dans une cité, tout le monde se connaît. Si on balance, on sait qu’il y aura de la violence. » Cela, le film le suggère. Après chaque interrogatoire, les élèves s’assurent que le dernier des leurs n’a pas cafté. Des pressions s’exercent.

Ces jeunes ont une forte présence scénique. Certains des films prouvent – s’il fallait une preuve – l’intérêt des collégiens pour la culture, toutes les formes de culture : cirque, danse, chant, peinture, avec un clin d’œil, dans « Ali l’équilibriste », à Jean-Michel Basquiat, le peintre new-yorkais d’origine haïtienne, dont une rétrospective a lieu actuellement au Musée d’art moderne, à Paris.

Ornella (Sylvana dans « Amour mobile »), dans la vie, est une adepte du krump. Deux ans qu’elle en fait.« C’est une danse qui envoie des émotions. La colère, la tristesse, ça envoie tout, dit-elle. Le krump féminin français est bien différent du krump américain qui met en danse des bagarres virtuelles. » Ornella, jolie, maquillée de couleurs vives et fraîches, les yeux pétillants sous ses longues tresses, explique qu’« Amour mobile » est avant tout une expérience vécue. Elle a souhaité se mettre à la place de son amie qui l’a trahie, afin de voir ce qu’on pouvait ressentir dans une telle situation. Quelle douleur que de devoir partager l’homme qu’elle aime et tromper une amie qui lui a accordé sa confiance.

La démarche de Tribudom a permis à ces jeunes de prendre conscience des enjeux de la réalisation d’un film. Maryam, 15 ans : « On devait faire plusieurs scènes, c’est bizarre d’être devant des caméras. » « Un court-métrage, c’est pas rien, alors, un long-métrage, qu’est-ce que ça doit être ! On en avait marre mais d’un autre côté, on peut dire qu’on l’a fait », ajoute Goundo.

En tout, 40 collégiens de Villepinte ont participé à cette aventure cinématographique. Autour de la table du café, ceux avec qui je parle me disent que « la banlieue reste un environnement sécurisé, où la solidarité contraste avec l’individualisme parisien. On dit beaucoup trop de choses négatives sur la banlieue, jamais du positif. C’est peut-être un autre univers mais il n’y a pas que de la violence. »

Aude Duval

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La Langue Française, un vague souvenir?

« Les universitaires font le constat que le niveau d’orthographe et d’expression écrite a singulièrement baissé depuis une dizaine d’années, or c’est une clé pour des études et une insertion professionnelle réussie », a expliqué la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse lundi 4 octobre 2010.

Suite à l’annonce de la mise en place de cours de rattrapage dans les universités, je rencontre Christiane, 52 ans, Professeur des Ecoles.

Vous avez sans doute entendu parler que plusieurs universités ont mis en place des cours de remise à niveau et de maîtrise de la langue française…

«J’étais la première surprise de voir qu’ils donnaient des cours de rattrapage à l’université, malgré l’exigence concernant la hausse du niveau exigé aujourd’hui et le souhait de retourner aux valeurs fondamentales de l’enseignement.

Est ce qu’il a eu une prise de conscience générale du niveau d’exigence de la langue française dans les diplômes de niveaux supérieurs?

Oui, on en a pris conscience parce que jusqu’à présent le niveau en orthographe n’était pas très exigent.  C’est plus la culture générale qui prime. Mais aujourd’hui on parle partout de revenir à une maîtrise de la langue française de plus en plus pointue.

Y’a t’il un réel fossé entre le niveau aujourd’hui et il y a 30 ans?

J’ai passé le concours d’Ecole Normale en 1973, à la fin de la 3ème et les critères exigés était l’excellence en orthographe, grammaire et conjugaison, donc des dictées sans aucune faute.

J’ai eu ma première classe en 1979 et déjà c’était la grande époque d’activité de l’éveil. Il y a eu une évolution  de la méthode pédagogique qui était moins accès sur les apprentissages fondamentaux bien que ça m’ait toujours à coeur.

Qu’est ce qui a fait que l’on soit devenu si laxistes?

Je ne parlerais pas de laxisme mais s’il y a une diminution des compétences en orthographe, c’est qu’il y a plusieurs raisons. Déjà la diminution du nombre d’heures de français dans la semaine par rapport à ce qui se faisait avant. A l’époque le français et les maths primaient sur le reste et on passait beaucoup moins de temps sur l’Histoire, la Géographie ou les Sciences. On apprenait mais les cours étaient quand même très cadrés et on ne passait pas trois séances sur une leçon.

Ensuite il y a tout ce qui est du ressort de la génération elle même, génération du zapping, des sms où les jeunes n’ont pas le sentiment que ce soit si important que ça de maîtriser l’orthographe.

Les enseignants ne prennent pas les mesures nécessaires avant de laisser les jeunes passer le BAC avec des lacunes?

Ce n’est pas qu’ils ne prennent pas les mesures nécessaires, c’est simplement qu’ils n’y arrivent pas donc à un moment donné l’orthographe ne devient plus une priorité parce qu’il y a aussi une forme de lassitude des enseignants face à une récidive des erreurs des enfants. A l’heure actuelle, on demande aux enfants de travailler sur leurs compétences donc on évalue ce qu’ils savent faire plutôt que sur ce qu’ils ne savent pas faire. De là il peut y avoir une dérive: c’est que les enfants qui écrivent avec des fautes d’orthographe ne trouvent pas ça si grave.

Quelles conséquences cela risque d’avoir sur le long terme pour l’avenir des jeunes?

La perte de la valeur de la langue française. C’est pourquoi il faut vraiment revenir sur quelque chose de très structuré, c’est d’ailleurs le but des programmes de 2008 qui aspirent à revenir sur des enseignements fondamentaux

Pensez vous que ces cours de rattrapages proposés vont vraiment changer les choses?

Ca changera forcément quelque chose pour ceux qui ont vraiment compris l’enjeu de la maîtrise de la langue française, mais pour ceux qui n’y accordent pas spécialement d’importance, ils ne comprendront pas qu’à un moment donné au cours de leur vie professionnelle, ils auront besoin de rédiger des lettres de motivation, des textes, des curriculum vitae etc et que c’est une nécessité de pouvoir maîtriser l’orthographe.

Et le problème aussi de ces lacunesc’est le manque de vocabulaire ou le vocabulaire approximatif.

Et la lecture est aussi très importante mais, comme ça a toujours été, certains aiment lire, pour d’autres ce n’est pas une priorité.

Selon vous y’a t’il un manque de compétences et de travail de la part des enseignants?

Les professeurs travaillent beaucoup mais sont confrontés à une multiplicité des disciplines qu’il n’y avait pas avant. Dès l’école élémentaire il y a aussi les langues vivantes, l’histoire de l’Art…

Et le temps est réduit notamment avec le samedi matin qui a été supprimé…

Ensuite il y a eu aussi une génération d’enseignants qui ne maîtrisait pas l’orthographe et qui n’ont pas pu servir de modèles aux enfants. Si bien qu’on est arrivé dans une sorte d’impasse où ce n’est pas utile de progresser en orthographe, le principal pour eux dans la production écrite étant d’avoir des idées. Ce qui est vrai aussi, mais ce n’est pas suffisant.

Sentez vous un déclin du système scolaire?

Je ne parlerais pas de déclin car il y a une volonté de faire mieux, toujours plus. Il y a beaucoup d’énergie dépensée de la part des enseignants. Ils sont dévoués, polyvalents et travaillent sans compter avec les moyens qu’on leur accorde. Avec un temps réduit, avec des classes surchargées, avec de plus en plus d’enfants de milieux sociaux défavorisés, des enfants en situation de handicap… En plus d’enseigner, nous faisons également du social…

Les programmes aussi sont de plus en plus ambitieux et surchargés. En plus de l’enseignement de base en élémentaire, il y a les langues vivantes, l’informatique, la sécurité routière etc. Ce qu’on demande aux enseignants est énorme. Aide personnalisée, différentiation pédagogique, des évaluations pointues et régulières… Ce n’est donc pas le manque de travail des enseignants qui pénalise les élèves.

Comment faire prendre conscience de l’enjeu aux élèves?

Difficile à dire car on n’ a plus une politique de sanction de la faute. Maintenant on est dans une politique de faire émerger les erreurs des enfants pour y remédier.

Ce qui faisait que les enfants étaient extrêmement attentifs aux fautes, c’est que le français primait sur tout le reste donc quel que soit l’examen à passer il fallait avoir une bonne maîtrise de la grammaire, de la dictée… tandis que maintenant comme on n’axe plus sur la faute mais sur l’erreur qui est un outil pour enseigner, les enfants n’ont plus cette pression d’être attentifs sur les fautes qu’ils commettent, de revenir sur ce qu’ils ont écrit, alors qu’avant c’était systématique.

Mais on y retravaille afin de permettre aux enfants de repérer leurs erreurs, d’y être attentifs et d’y remédier eux même, cela dit ça ne se fera pas du jour au lendemain. D’ailleurs pourquoi a-t’on supprimé cette idée de faute: parce que ça avait un statut moral. La faute tient de la responsabilité de celui qui l’a faite tandis que les erreurs, tout le monde en fait et ça évite de culpabiliser l’enfant.

Mais en même temps, en le déculpabilisant, ça laisse une part à une forme de «zapping».

Il faut aussi que le français soit une matière transversale à toutes les autres matières. Les enfants ont du mal à faire le transfert. Une leçon apprise en grammaire ou en conjugaison n’est pas toujours appliquée Histoire par exemple alors que c’est la même chose!

Quel conseil donneriez vous aux personnes concernées?

Aux enseignants, continuez d’y croire, on a un certain nombre de billes entre les mains malgré le manque de temps. On revient, grâce aux nouveaux programmes de 2008 notamment, à des notions précises, on doit être rigoureux, dans la présentation du tableau, du cahier des enfants. La rigueur ils adorent ça mais sans non plus tomber dans la sanction.

Aux enfants je dirais d’apprendre à s’attacher aux mots, avoir cette curiosité du mot par la lecture ou lorsqu’on entend une phrase, être sûr d’avoir bien compris de quoi il s’agit et toujours avoir recours a une définition précise car le vocabulaire c’est la base de tout.

Pour finir, avoir confiance en leurs enseignants. Je dirais ça aussi aux parents. Car moi j’ai une grande confiance en les jeunes professeurs des Ecoles qui commencent le métier, plein d’enthousiasme mais sans naïveté et qui ont compris ce qu’est l’Enfant. Et ils ont envie de faire plein d’efforts pour pas les mettre en échec.

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Damarys, vieillir pour vivre

Cette femme s’était perdue dans la solitude. Elle a retrouvé le goût à la vie au contact des Petits Frères des pauvres. Reportage à l’occasion de la Journée nationale de la personne âgée.

« Ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant et l’autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère cela n`importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer », chantait Jaques Brel. La solitude. Le fléau de la vieillesse. Un corps qui les abandonne, un rejet de son état, une perte de confiance en soi, un gain de méfiance vis à vis du monde. Les personnes âgées ont vite fait de se retrouver isolées. Lors de la Journée nationale de la personne âgée, vendredi denier, je suis accueillie par Les petits Frères des Pauvres pour passer la journée avec eux.

Damarys, une femme proche des 70 ans, belle, touchante, nous offre un des plus beaux discours sur ces Petits Frères des Pauvres qui ont changé sa vie. Apprêtée dans son chic tailleur noir, une coiffure soigneusement étudiée, de toutes petites tresses encadrent son visage rond et rayonnant. Elle va prendre la parole au milieu des Petits Frères. Le papier qu’elle a préparé s’avère vite inutile, laissant place aux mots tout droits sortis de son cœur. Elle a connu dans sa vie des moments terribles, s’est retrouvée confrontée à elle-même, ne sachant pas à qui se confier, se demandant si la vie valait vraiment le coup d’être vécue…

De longs moments de solitude, une joie de vivre éteinte, une impasse pour cette femme qui un jour décide d’ouvrir la porte de l’association. « Je m’habillais avec ce que je trouvais, ça devait représenter mon cœur », soupire-t-elle. Elle est alors accueillie par une femme, qui lui propose de s’asseoir, et de l’écouter. D’un ton bienveillant elle lui dit qu’« il n’y a pas un problème qui ne peut pas trouver de solution ». Un arc-en-ciel se dessine alors sous la pluie qui cesse de tomber, un soleil après l’orage.

Damarys reprend goût à la vie. Elle se dit touchée par ces gens qui lui demandent régulièrement comment elle se porte, un simple « comment ça va ? », chose qu’elle n’entend que très rarement. Elle commence à se faire jolie, mettre de beaux vêtements, se maquiller. L’envie d’écrire lui revient, écrire des livres, des articles, de laisser libre cours à son imagination.

Elle a aujourd’hui envie de vivre. Visiter des musées, sortir dans les restaurants dotés d’« un art culinaire terrible ». Et le plus important, elle se fait des amis, « des gens bien ». Ce vendredi, elle regarde son public, digne, les yeux pétillants, une explosion de vie dans ce petit corps de femme. Comme si tous ses malheurs n’étaient plus aujourd’hui que des épluchures de vilains fruits qu’on jette.

Elle nous relate son premier voyage sur la Côte d’Azur. Bormes-les-Mimosas. Un nom difficile à retenir. Peu importe. On s’en fout. Ce sont ses plus belles vacances. Avec les Petits Frères qui n’ont « jamais perdu le sourire »« J’ai vu des gens qui ne pouvaient rien faire, pas s’habiller, aller seuls, mais les Petits Frères sont arrivés à remonter les gens au niveau de la personne valide », témoigne-t-elle.

Cette femme, abîmée par une vie pas très tendre, ne dormait plus, ne riait plus, perdait ses cheveux « à force de trop réfléchir ». L’arrivée dans sa vie des bénévoles qui, non seulement lui portent une attention sincère mais qui l’accompagnent dans sa vie, ses voyages, ses joies et ses peines l’a réintégrée dans la vie sociale. Ses compagnons l’ont « galvanisée ».

Aude Duval

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Belleville, 7h du mat’, un inconnu frappe à ma porte

Belleville. Ses animations, ses filles de joie. Belleville et son peuple, ses herboristes vendant grenouilles séchées et nids d’hirondelles, Belleville chatoyant, Belleville cosmopolite, Belleville underground empli de curiosités. Après être tombée sur des annonces proposant divers services à domicile, de réparation de voitures ou de faux papiers de sécurité sociale, il se pourrait bien

que votre sonnette retentisse au moment où vous y attendrez le moins. C’est ce qui m’est arrivé un dimanche aux alentours de sept heures du matin.

Dans un état léthargique je me dirige vers l’entrée de mon appartement où les coups se montrent insistant. En ouvrant la porte, je

m’attends à tout: rencontrer un ami en difficulté, un policier souhaitant des renseignements sur tel ou tel évènement du quartier ou encore un pompier ayant besoin de l’accès pour sauver un raton-laveur perché sur le balcon d’une voisine…

Je m’attends à tout… Excepté tomber sur un homme sorti tout droit des films sur la mafia chinoise. Un immense sourire forcé

découvrant des dents en zinc, le visage marqué par les années, encadré par deux grosses pattes grisonnantes, avec un petit côté Wei Lanfang, célèbre chanteur d’opéra, habillé à la texane. Au premier abord, je me demande ce que ce quinquagénaire recherche et comment il a eu mon adresse.

Malgré la barrière de la langue, ce curieux monsieur persiste à me parler chinois. Et je persiste à parler français. Aucun échange

verbal possible. Il s’approche de moi, saisit une petite mèche de cheveux de ses mains rugueuses. Des mains de travailleur, cornées, abîmées, de longs ongles jaunis, ornées de grosses bagues à chaque doigts. Il sort alors de sa poche une grande paire de ciseaux de cuisine qui semble avoir été récupérée dans une malle du début du siècle dernier.

Je réalise alors qu’il propose de me couper les cheveux à domicile, sans doute pour une bouchée de pain. Essayant peu à peu de

reprendre mes esprits je lui souris, tentant de lui faire comprendre que mes cheveux sont en parfaite santé et n’ont besoin de rien d’autre que de ma propre attention. Je ne peux m’empêcher de fixer ses santiags imitation (ou non?) serpent dont la taille est démesurée, rapportée son 1 mètre 60.

Sans perdre mon sourire malgré l’acte criminel qu’est de réveiller une jeune femme aux aurores un dimanche, j’essaie de lui faire comprendre avec les moyens du bord qu’il est temps pour lui de tenter sa chance chez mon voisin de pallier et qu’il est temps pour

moi de reprendre ce si doux rêve interrompu. Il agite sa tête de manière frénétique, me salue trois fois sans me tourner le dos. Je referme la porte.

Nous nous sommes quittés. Comme si de rien n’était. Je retourne me coucher. Quelques jours plus tard, je le croise dans les escaliers à ma plus grande surprise. Cet inconnu habite en fait quelques étages au-dessus de chez moi. Je fais mine d’aller

chercher mon courrier, quelques sourires en parfaits étrangers, il referme la boîte aux lettres, me salue… Je ne l’ai plus jamais revu depuis. Mais j’ai pu mettre un nom sur ce visage. Le monsieur aux dents de zinc se prénomme désormais Xiao. Ce n’est plus un inconnu mais Xiao, le coiffeur du bâtiment A.

Aude Duval

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